Cela tient à la configuration du miroir, et le résultat diffère beaucoup, suivant qu’il est concave et en forme de coupe, ou en forme de bouclier de Thrace ; suivant que le milieu est déprimé ou relevé, suivant que le plan est transversal ou oblique, horizontal ou vertical, la configuration du miroir fait subir aux ombres qui arrivent des altérations, car l’image n’est autre chose que l’ombre réfléchie par la clarté de la matière qui reçoit.34. cit., p. 82. Le reflet est bien une perception réelle, tandis que l’image réfléchie est virtuelle, en ce sens que le miroir n’a pas de corps46. Voir cette notion développée dans René Zazzo, « Méduse et la conduite du regard », Reflets de miroir et autres doubles, Paris, PUF, 1993, p. 191-198. Ces tragédies ont été perdues, il ne subsiste que des fragments. Sylvie Anahory, « Méduse ou le miroir des abîmes » dans MuseMedusa, (Page consultée le 01 février 2021). Mais le défi est difficile à relever car les Gorgones vivent cachées, et l’une d’entre elles, Méduse, a le pouvoir de changer en pierre quiconque la regarde. Seule Méduse était mortelle. Hubert Haddad, Du visage et autres abîmes, Paris, Zulma, 1999, p. 113. par Maurice Croiset, Paris, Les Belles Lettres, 1925 [1920], p. 163. Persée est le fils de Danaé que Zeus a fécondée sous la forme d’une pluie d’or. Sylvie Anahory Le regard a opéré une rétorsion du sujet car le double fonctionne dans le registre du visuel. ISBN/EAN: 9789004131026. Cite . Paradoxalement, les mythes de Gorgô-Méduse confrontent la « réciprocité du voir et de l’être vu2 » à l’invisibilité et à la cécité. Troublante et singulière, elle échappe au regard car elle ne peut être vue : croiser son regard, c’est s’exposer à la mort et perdre son souffle de vie avant de se minéraliser. PLATON ET LE MYTHE À propos de Jean-François Mattéi, Platon et le miroir du mythe. Page précédenteEcce Medusa : regardons-la, donc ! 2020 — Némésis, ou le châtiment inéluctable, 2019 — Le retour des Amazones. Regarder Méduse, c’est voir la mort en face et donc mourir. 0,74 m, Musée de Chalcis, no 5. Au IVe siècle avant Jésus-Christ, le cratère en calice du peintre de Taporley montre un bouclier placé entre Persée et Athéna. Nées déjà vieilles, elles ne possèdent qu’une dent et un œil qu’elles doivent se partager. Le double, « moi » identique au reflet, laisse place à un « moi » opposé, forme diabolique et destructrice. Autrement nous ne verrions pas la figure des objets si bien conservée.37. Mais il n’en est pas qu’un formel et plat vulgarisateur. Ainsi, nous ne connaissons notre visage que par le détour d’une image, d’un simulacre. Lucrèce, De natura rerum, IV, Paris, Les Belles Lettres, 1921. Dans un même instant, elle fait la connaissance du miroir, de son image et de son identité48. Des légendes et des mythes sur les miroirs que vous ne connaissiez probablement pas. Elle peut scruter l’autre, mais le face-à-face et la réciprocité de l’échange sont impossibles. Mais connaissez-vous ces histoires curieuses sur les miroirs ? L’œil en alerte est échangé contre ce casque qui rend invisible. Persée s’approcha d’elle pendant qu’elle dormait. Autrefois, on croyait que les miroirs prenaient notre réflexion et la conservaient pour un usage ultérieur. Aspects de l’identité en Grèce ancienne, Paris, Flammarion, 1984. Lee "Platon et le miroir du mythe" por Jean-François Mattéi disponible en Rakuten Kobo. § 3. Il inverse l’axe perpendiculaire, et l’image spéculaire devient palindrome47. Un thème littéraire, de Pierre Jourde et Paolo Tortonese, Paris, Nathan, 1996. La dysmorphophobie est la crainte de devenir difforme, c’est un trouble de l’image corporelle. Le monstre, qui a le pouvoir de pétrifier celui qui par malchance croiserait son regard, se pétrifie elle-même. Les vases grecs représentent la scène de la décapitation avec le truchement du bouclier. L’Égyptien a été l’une des premières cultures à utiliser des artefacts avec l’idée de se refléter en eux. Il détourna les yeux et fixa un bouclier d’airain qui réfléchissait la figure de la Gorgone. Morte, elle devient masque, gorgonéion, et prend sa place sur l’égide d’Athéna, comme le précise Apollodore : « Persée rendit à Hermès les chaussures ailées, la kibisis et le casque ; il offrit la tête de la Gorgone à Athéna. Car après sa mort, le monstre devient effigie aveuglante et mortifère : Gorgô s’installe, plus discrètement, en pectoral sur les statues d’Athéna18. Le reflet montre un « je » qui devient « autre », d’où l’inquiétante étrangeté qui peut surgir à l’instant précis où s’opère la reconnaissance de soi dans un moment de dédoublement. Mduse ou le miroir des abmes MuseMedusa. Elle n’a pu exercer son regard car l’échange avec autrui est impossible : « Regarder Gorgô dans les yeux c’est se trouver nez à nez avec l’au-delà dans sa dimension de terreur, croiser le regard avec l’œil qui ne cessant de vous fixer est la négation du regard, accueillir une lumière dont l’éclat aveuglant est celui de la nuit.31 » Méduse n’a pas pu se re-connaître dans le miroir : elle n’est pas une femme à sa toilette, elle ne peut se farder devant un miroir. Le mot Gorgone devient dès 1775 « le nom d’un animal marin dont le polypier corné, à ramifications arborescentes, rappelle la tête d’une gorgone » (« Gorgone », dans Alain Rey [dir. Amphore à col protoattique, en provenance d’Eleusis, vers 670-660, haut. David Le Breton, Des visages. « Classiques en Poche », 1999. C’est au moment où l’œil change de main que Persée parvient à s’en saisir ; elles lui révèlent alors la cachette de leurs sœurs. Tout son dos était couvert par la tête de la cruelle Gorgone : autour de cette tête voltigeait un sac d’argent d’où tombaient des franges d’or étincelant au loin. Le miroir est le moyen de se connaître, de s’atteindre, de se retrouver, mais à condition de se séparer, se diviser, se poser à distance de soi-même. Persée tient vigoureusement la chevelure de Méduse et tourne la tête avant de l’égorger. Dans son acuité perçante, le regard a une force symbolique puisqu’il prélève de manière indue la substance de l’individu. J’ai simplement pensé aux enfants d’aujourd’hui issus de parents originaires d’Afrique, aux … Sylvie Anahory est également l’auteur de nouvelles et participe à des ateliers d’écriture. Gorgô n’est plus un masque plaqué mais devient gorgonéion : elle quitte la place du visage et descend sur la poitrine d’Athéna. Le palindrome est une figure littéraire dans laquelle la réversibilité de l’ordre des lettres permet de lire une même inscription de gauche à droite et de droite à gauche (exemple : Esope reste ici et se repose). Black Panther : mythe collectif et miroir déformant pour les générations à venir. Platon et le miroir du mythe by Jean-François Mattéi is Philosophy Au commencement est le mythe qui dessine le chemin emprunté par la parole et commande dès l'origine "ce qui est, ce qui sera et ce qui fut". À leurs ceintures pendaient deux dragons qui courbaient leurs têtes, dardaient leurs langues, entre-choquaient leurs dents avec fureur et lançaient de farouches regards. Binding: HRD. De la sculpture grecque archaïque des frontons, jusqu’au début du style classique, Gorgô change de place et de statut. The Lightning Thief (Chris Colombus [réal. Des incisions et des rehauts rouges sur les ailes et le chiton14 de Méduse mettent en valeur le personnage central. Copier Mattéi Jean-François, Platon et le miroir du mythe. […] Ceux qui la regardaient étaient changés en pierre. Cet œil unique permet aux sœurs de vivre par alternance en état de veille ou de sommeil. par Jean-Claude Carrière et Bertrand Massonie, Annales Littéraires de l’Université de Besançon, Les Belles Lettres, 1991. De l’âge d’or à l’Atlantide. cit., p. 126. Une fois les Titans vaincus, Zeus confie l’égide à sa fille Athéna. Certains miroirs parlent et disent la vérité, par exemple celui de la méchante reine dans Blanche-Neige (conte des frères Grimm basé sur un mythe germanique, 1812). Pourquoi admettre que de telles émanations se produisent manifestement pour un grand nombre de corps ? En refusant l’échange visuel, Persée fuit le regard de l’autre, se sauve et repousse la monstruosité. Le miroir s’immisce dans la duplicité et insinue la dissemblance au cœur de la ressemblance. Ou, mieux, ce n’est pas du même côté c’est-à-dire du même point de vue que le masque fonctionne comme miroir et comme bouclier. Download with Google Download with Facebook. L’orthographe de « phantasmes » fait référence à l’étymologie grecque du mot phasma qui désigne l’apparition, le spectre. par Paul Mazon, Paris, Les Belles Lettres, 2002 [1923], p. 224 et suivantes. Enfin, au moment où Méduse capte son reflet, l’imago surgit et elle se reconnaît. § 2. Enseignante certifiée en lettres modernes, Sylvie Anahory a fait des études en histoire de l’art (École du Louvre et Paris IV Sorbonne), en histoire (Université Toulouse le Mirail) et en anthropologie (École des Hautes Études en Sciences Sociales [EHESS]). Platon et le miroir du mythe De l age d or a l atlantide. Ce miroir était connu sous le nom de « miroir parlant » parce que c’était le nom donné aux miroirs fabriqués dans la région de Lohr, dans le sud de l’Allemagne, d’où son nom ? Porter des habits sur lesquels sont cousus des morceaux de miroir serait la promesse de notoriété et succès. X, éd. Platon et le miroir du mythe Au commencement est le mythe qui dessine le chemin emprunté par la parole et commande dès l'origine "ce qui est, ce qui sera et ce qui fut". Cette brève analyse des représentations figurées du mythe de Méduse permet de constater que Gorgô se présente toujours de face, comme s’il s’agissait d’une convention stylistique par ailleurs identique à celle de la représentation de la mort et des masques, car Méduse est bien un prosopon. On dit que l’histoire de Blanche-Neige s’inspire de la vie réelle, dans un cas où il y avait un miroir « qui disait la vérité ». La particularité de cet échange spéculaire se caractérise par ce double qui ne quitte pas des yeux Méduse, mais aussi, et surtout, par le fait que cette dernière ne cesse de l’observer. Free PDF. Sur le bord droit, Hermès observe la scène, sans toutefois croiser le regard de Méduse. La tradition hésiodique s’intéresse pour sa part à la généalogie et insiste sur la valeur narrative du mythe : Cèto aux belles joues donna à Phorcys des filles blanches dès le berceau appelées les Grées […], et les Gorgones qui habitent par delà l’illustre Océan, vers l’empire de la Nuit, dans ces lointaines contrées, où demeurent les Hespérides à la voix sonore, les Gorgones Sthéno, Euryalé et Méduse, éprouvée par de cruelles souffrances. Cependant, vers 550 avant Jésus-Christ, s’opère une variante, lorsque les peintres attiques peignent la décapitation10. Le bouclier le protège, tandis que la face miroitante et réfléchissante fige Méduse qui se découvre au moment même où ses yeux dé-visagent son reflet. Le corps de Méduse gît à terre, sa tête est jetée dans la kibisis, le sac de Persée. Essai d’anthropologie, Paris, Métailié, 1992, p. 170. Décrite comme un monstre terrifiant et grimaçant, au regard bestial, Gorgô prend place sur le haut-relief du fronton ouest du temple d’Artémis à Corfou17. Pline l’Ancien, Histoires naturelles, XXXIII (45, 9), Paris, Les Belles Lettres, coll. Persée examine aussi cette réflexion, visage incliné vers le bas. De Gorgô52, cri sorti du fond de la gorge, à Méduse, dont l’étymologie suggère la méditation, la zoologie nous fait cheminer du corail durci, mort, et sorti de la mer, jusqu’à l’animal souple et délicat, mais aussi urticant. Publisher: Brill. Seule est figurée la tête, en relief prononcé, sur l’égide de la déesse, égide constituée de la peau de la chèvre Amalthée. Deux serpents entrelacés tiennent lieu de ceinture, le visage est couronné de serpents en guise de chevelure. C’est l’identification du « moi44 » qui est mise à mal après les phases de dédoublement, de division et de permutation du sujet. 1002) ou bien le dinos du peintre des Gorgones, provenant d’Étrurie (vers 600-590, haut. L’égide est la peau de la chèvre Amalthée qui a nourri Zeus. Le mythe, le miroir et le divan : pour lire le cinéma. Il n’existe plus de différence de nature entre l’espace optique, l’espace réel et l’espace virtuel. À son tour, Hermès rendit tous ces objets aux Nymphes, et Athéna mit la tête de Méduse au milieu de son bouclier.30 » Son pouvoir foudroyant, aux dépens de celui qui la regarde, l’installe de fait à la frontière de deux mondes : celui des morts et celui des vivants. Sa tête, aux yeux exorbités et à la bouche démesurée, dépasse la surface triangulaire architectonique, comme prête à s’élancer et à bondir au-delà du sommet du fronton. Anthony Andurand, « Fabrique du mythe et production des savoirs : la Grèce des hellénistes allemands au miroir du Griechenmythos (1790-1945) », Anabases [En ligne], 15 | 2012, mis en ligne le 01 avril 2015, consulté le 14 janvier 2021. Bien qu’elle soit mortelle, son pouvoir est immortel. Placer un miroir au-dessus d’un puits permettrait de voir son amour à venir. miroir le mythe produit tout ce qui est dans le ciel et l ensemble des réalités du monde souterrain République 596 c aux deux extrémités' 'le symbolisme du miroir interprtation signification may 3rd, 2020 - “symbole du symbolisme” passerelle entre le monde du connaître et le monde de l’être le miroir fascine et dérange le miroir renvoie notre De plus, le miroir duplique dans la dissemblance ne serait-ce que par l’inversion droite-gauche. Dans la tradition grecque, le gorgonéion protège Athéna tout en pétrifiant ses ennemis : il synthétise cette double fonction en protégeant son possesseur par l’élimination de l’adversaire. Les intellectuels s'y intéressent alors qu'ils le méprisaient il y a quelques décennies. Miroir, dissemblance, dédoublement altèrent le regard de Méduse jusqu’à la crise identitaire. 2630. art miroir, p. 1415-1431 ; De Witte, Les miroirs chez les Anciens, Bruxelles HHHcité par Leclerq, Dictionnaire d'archéologie chrétienne et liturgique, Op.Cit. La face exagérément grimaçante devient masque de théâtre, encadrée de serpents qui surgissent de la nuque, comme en prolongement de la chevelure. Playing between looks and mirrors, the myth reveals the “I,” who, under the appearance of an eidôlon, or simulacrum, becomes a “other one.” The specular object splits Medusa while the dangerous confrontation with the double causes a disorder in self-recognition. Les différentes traditions du mythe s’intéressent à l’œil38, au regard39 et au reflet, tout en dévoilant la quête de l’identité. Jean-Pierre Vernant donne la définition suivante : Eidôlon est « l’image du rêve (onar), apparition suscitée par un dieu (phasma), fantôme d’un défunt (psyché) » (« Naissance d’images », Religions, histoires, raisons, Paris, Maspéro, 1979, p. 110). Essai sur une légende scientifique. Le chiton est un vêtement en forme de tunique. Les surfaces réfléchissantes et les mirages optiques morcellent l’image du corps. 11Dans le mythe, l’usage du miroir comme bouclier explique sa fonction protectrice et pas seulement narcissique. Ce que nous révèle le mythe de Psyché qui avait reçu interdiction de se voir, c'est que le baiser d'amour est révélation. s, artistes ou témoins pour déconstruire les standards imposés par les médias, la société ou le regard des autres. La face de la Gorgone se fige et prend place sur le bouclier, tout en protégeant Persée de ses adversaires. La panse du vase est renflée, le bec assez large avec une anse assez haute. La représentation de face est en principe réservée à la représentation de la mort parfois à celle des monstres. or. Elle a poursuivi ses recherches dans les liens qui unissent textes et images et a publié « Des œuvres patrimoniales en série » (Revue de l’ingénierie éducative, juin 2009, no 66, Scéren-CNDP), « L’image pour comprendre les textes » (Cahiers pédagogiques. E 874). Pour combattre Gorgô, le héros Persée a utilisé le truchement de la surface réfléchissante d’un bouclier ; grâce à ce subterfuge, il décapite Méduse sans la regarder. Le fils de Danaé lui-même s’allongeait en courant, semblable à un homme qui précipite sa fuite frissonnant de terreur ; sur ses pas s’élançaient les monstres insaisissables et funestes à nommer, les Gorgones, impatientes de l’atteindre. C’est ainsi que la femme française est souvent résumée – à tord – dans les médias et à l’étranger. L’amphore en relief, provenant de Boétie (vers 660, Paris, Musée du Louvre, inv. Apollodore, La bibliothèque, II (4, 2-3), trad. Platon et le Miroir du mythe | Jean-Francois Mattei | download | Z-Library. La prosopagnosie se définit par l’impossibilité de reconnaître et d’identifier un visage connu, seules l’image ou la reproduction aident à l’identification. Il donne des détails sur les caractéristiques physiques des Gorgones, qui émettent des bruits terrifiants et lancent des regards « farouches » : Persée […] volait comme la pensée. Au commencement est le mythe qui dessine le chemin emprunté par la parole et … Les yeux de Méduse ont croisé son regard reflété dans le miroir, et le reflet a fixé puis figé ce même regard. 1,42 m, Musée archéologique d’Eleusis, inv. Letouzey et Ané t.11, 2°p. De même, elle ne peut voir son propre reflet, qui la renverrait à sa mortalité. Lécythe du peintre de Diosphos, vers 490, haut. par Paul Mazon, Paris, Les Belles Lettres, 2002 [1923], p. 274 et suivantes. Or Gorgô ne montre pas son visage mais se présente de face en exhibant son masque terrifiant ; et la chimère masquée devient monstre. En revanche, Gorgô a dirigé son regard sur elle-même et l’imago de son reflet l’a minéralisée ; l’œil du bouclier a renvoyé le reflet. Toutes deux ne cessent de s’interroger et de nous interroger sur la question de l’identité et du regard porté sur le visage. Comme l’ombre ou le fantôme, le reflet devient un double dangereux et l’imago évolue en persona jusqu’à évincer l’individu. Dans et par le miroir, ma figure, ma personne, se donnent à voir sous l’espèce de l’extérieur, de l’étranger, de l’autre. Les intellectuels s'y intéressent alors qu'ils le méprisaient il y a quelques décennies. Dans la tradition homérique, Gorgô est un « monstre effroyable, terrible, grimaçant, prodige de Zeus porte-égide15 » ; elle a « un terrible visage, jetant de farouches regards, tandis que l’entouraient Déroute et Terreur16 ». CA 795) montre la scène de la décapitation. Voler le miroir de quelqu’un de beau, riche et célèbre serait l’assurance de succès à venir. Et chacun, se rêvant soi-même et rêvant les autres, reste seul derrière son visage54 ». Révélations, science-fiction et fallacies, Paris, Elmayan / Éditions du Seuil, 1978, p. 237-280. Ils enrichissent même la famille en créant de nouveaux mots. On ne saurait répondre. En découvrant son image dans le reflet du miroir, Gorgô opère un processus d’identification paradoxalement mortifère. Et brise le miroir où tu t'étais mirée, écrit Henri de Régnier (2). « Le regard est un contact, il touche l’Autre et la tactilité qu’il revêt est loin de passer inaperçue dans l’imaginaire social.51 » Ce regard fixe est à la fois fascinant et hypnotisant. Pour commencer à trouver Platon et le miroir du mythe, vous avez raison de trouver notre site Web qui contient une collection complète d'ebooks. Perseus, the hero, fought against Gorgô through the reflecting surface of a shield; thanks to this subterfuge he beheads Medusa without looking at her. À leur tour, les Nymphes offrent au jeune homme des bottines ailées et une kibisis, gibecière, où il placera la tête de la Gorgone. L’image et le réel s’opposent ; le reflet et la chose reflétée se distinguent, comme le souligne Platon dans le Timée en exposant sa théorie sur les vertus du miroir. Jacques Lacan définit ainsi le stade du miroir : « il illustre le caractère conflictuel de la relation duelle. L’auteur mentionne, par exemple, le subterfuge utilisé par Persée pour venir à bout de Méduse : l’usage du bouclier à la surface réfléchissante permet alors au héros de détourner son regard du monstre, puis dans un second temps de présenter son propre reflet à la Gorgone qui s’auto-pétrifie. Il sort la tête de Méduse qu’il tend devant lui sans la regarder : le roi et l’assistance se pétrifient. René Daumal, cité par Jean Biès, René Daumal, Paris, Éditions Seghers, 1967, p. 80. Publié le 11 juin 2019 11 juin 2019 par fsnfJJ56pLL522 De l’Égypte ancienne à nos jours, les miroirs ont été un outil utile, qu’il s’agisse de vérifier que vous êtes habillé pour l’occasion ou d’être un allié puissant pour répéter les gestes qui accompagnent un discours. Figures de l’autre en Grèce ancienne, Paris, Hachette, 1986, p. 60. L’œil exorbité quitte sa cavité pour se fixer directement sur le bouclier dans une place centrale, comme un umbo33. Beyond the myth and the ancient Grecian iconography, the character Gorgô-Médusa raises various issues, first of all the confrontation between the look and its own reflection. Dans les contes et dans différentes traditions, le miroir est associé à la magie et à la divination. Buy Platon et le miroir du mythe (Quadrige) by Mattéi, Jean-François (ISBN: 9782130531838) from Amazon's Book Store. Version rapportée par des mythographes comme Apollodore. "Thémis Philoso phie", 1996, 328 p., bibliographie, index nominum, index rerum. Apollodore s’inspire des Histoires de Phérécyde et des tragédies perdues de Sophocle et d’Euripide. Jean-Pierre Vernant, Figures, idoles, masques, Paris, Julliard, 1990, p. 125. L’umbo est la forme conique qui se trouve au centre du bouclier, c’est en quelque sorte l’œil du bouclier. Dans leur élan impétueux, l’acier pâle du bouclier retentissait d’un bruit aigu et perçant. Dans le mythe de Méduse, il apparaît comme l’angoisse de la dissociation. Hermès donna à Persée une faux de diamant, puis le jeune homme se rendit en volant sur les bords de l’Océan, et trouva les Gorgones endormies ; elles se nommaient Sthéno, Euryalé et Méduse. Jean-Pierre Vernant, La mort dans les yeux, op. Elle ne pointe pas non plus le fait que le mythe de Narcisse possède le privilège de symboliser la fonction universelle du mythe en tant que premier miroir de l’humanité que l’homme lui-même, mu par son automimétisme congénital, produit pour disposer d’un écran de projection et d’une nappe de réflexion étamée par l’inconscient. La tête est monstrueuse : bouche ouverte et langue tirée, les yeux sont exorbités et le nez camus. Plus tard, au IIIe siècle après Jésus-Christ, le mythographe Apollodore superpose différentes strates du mythe en multipliant les détails narratifs grâce aux récits antérieurs22. Cette fixité de l’étrange oppose l’œil maléfique et l’œil fascinateur. Pour Xavier Darcos "qui n'aime pas, ne voit pas au fond". Le reflet de Méduse n’est plus Méduse mais c’est l’observation de l’imago24 qui conserve l’effet fascinant. Le miroir trouve dans la mythologie son origine et sa raison par l'amour et le rôle qu'y joue la femme. Pline l’Ancien mentionne cette déformation dans le livre XXXIII des Histoires naturelles intitulé « Nature des métaux » : On a imaginé aussi des miroirs qui donnent des images monstrueuses, comme ceux qui sont consacrés dans le temple de Smyrne. Product Detail. un allié puissant pour répéter les gestes qui accompagnent un discours. Le miroir révèle l’inconnu, mais il est aussi générateur de spectres et de phantasmes36 ; l’image qui se détache du corps acquiert alors toute sa densité et le reflet devient substance matérielle. par Paul Mazon, Paris, Les Belles Lettres, 2002 [1937], v. 740. Ainsi, sur l’olpé11 du peintre d’Amasis12, Persée tourne la tête vers la gauche pour éviter le regard de la Gorgone et tranche le cou de Méduse, toujours représentée de face. Imago, terme latin, désigne le portrait, la représentation, mais aussi l’imitation ou la copie. Écroulement du mythe néo-libéral et réhabilitation de la dépense publique, d’accord mais encore faut-il identifier les axes d’un renouveau de l’action publique. Le mythe, le miroir et le divan : Pour lire le cinéma . Prosopon désigne à la fois la figure et le masque de théâtre. L’olpé est un vase grec utilisé pour puiser du vin dans un cratère. Il semble que l’inspiration que les frères Grimm ont prise pour leur histoire provienne d’une histoire réelle : celle d’une baronne bavaroise dont le père s’est remarié en 1743. En guise de chevelure, des serpents entourent la face de Gorgô afin de la rendre encore plus terrifiante pour qui ose la regarder. Lorsque la tête fut coupée, Pégase, le cheval ailé, et Chrysaor sortirent de son corps. « À la rigidité des gorgones s’oppose la mollesse des méduses ; à la fixité des unes s’oppose la mobilité gracile des autres53 », écrit Sylvain Détoc. Considérer le visage de l’autre c’est accepter l’identité de l’autre avant même de reconnaître sa propre identité. L’ensemble de ces trois affections est recensé dans le DSM IV : Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders paru en 1994 (Washington, American Psychiatric Association), dans le chapitre « délires d’identité » mentionnés dans la rubrique « troubles de la personnalité ». Seule Méduse, les yeux mi-clos, présente sa face tout en fixant les banqueteurs qui puisent le vin dans le vase. Pour les formes de vases grecs, voir Henri Metzger, La céramique grecque, Paris, PUF, 1953. Le monstre terrifiant est plus discret, ce n’est plus la démesure qui est mise en valeur mais bien la fonction apotropaïque, ou protectrice, de l’égide : le sujet Gorgô s’est transformé en objet gorgonéion. 0,93 m, Paris, Musée du Louvre, inv. Et en ayant accès à nos livres électroniques en ligne ou en les stockant sur votre ordinateur, vous avez des réponses pratiques avec le livre électronique Platon et le miroir du mythe. 0,26 m, Londres, British Museum, inv. Méduse se reconnaît grâce au subterfuge du miroir, objet sans corps, qui, en dévoilant son identité devient mortifère. Get this from a library! Gorgô-Méduse est représentée de face comme on représente la mort. Download Free PDF. En voyant le simulacre de son reflet, son double la divise ; Méduse se dédouble après la rencontre avec son image, son regard se fige dans la mort puis l’imago prend vie en devenant gorgonéion. Homère, « Chant V », Iliade, 9e éd., trad. Dans cette perspective, nous croiserons les sources textuelles et iconographiques en insistant sur l’évolution des interprétations et des représentations du mythe de Méduse. Les deux poursuivantes sont toujours représentées ailées, les jambes de profil, le buste et la gueule de face. Méduse est décapitée. La Gorgone Méduse a une identité complexe. L’objet spéculaire dédouble Méduse pendant que le dangereux face-à-face avec le double occasionne un trouble dans la reconnaissance de soi. De l'âge d'or à l'Atlantide, Paris, P.U.F., coll. Organe de vision et source du regard, l’œil ne peut s’observer sans l’aide du miroir. Achat mattei jean francois pas cher ou d occasion Rakuten. Grâce au reflet, l’objet spéculaire révèle le visage de l’autre en soi, tout en le dédoublant : car si le miroir simule une ressemblance, il dissimule la vérité. Pour une pédagogie par l’image (Cergy, Éditions ILV, 2010). ], États-Unis, 1492 Pictures, 2010). Techniques de rechargement de votre arme de poing, GROTTES DE SIGATOKA : COMMENT NE PAS VIVRE UNE AVENTURE AUX ÎLES FIDJI, Les rapports du troisième trimestre montrent que les bénéfices de Berkshire Hathaway pour le troisième trimestre dépassent les attentes. Language: This book should contain text in fre. Certains hellénistes estiment que Le bouclier aurait été rédigé par un disciple d’Hésiode. Troublée par le reflet de son image corporelle, au point de la figer et de la tuer, Méduse souffre d’une pathologie du trouble de la personnalité : la dysmorphophobie40. L’eidôlon, notion grecque, est le double d’une chose vue ; le mot désigne également un leurre. Jean-Pierre Vernant, La mort dans les yeux. Déjà prosopon, ce masque cache la véritable identité de Gorgô, tout en révélant le visible et l’apparence de l’être terrifiant. Elle seule pourrait stopper l’échange d’un simple mouvement oculaire, mais elle est suspendue et fascinée dans l’effroi d’elle-même. Pseudo-Hésiode, Le bouclier, 8e éd., trad. C’est au sein du Même que naît le clivage dont les dédoublements de l’image écartent le Moi. Baltrusaïtis Jurgis, « Abus, erreurs et fallacies », Le miroir. Méduse, face, masque, n’a pas de visage ni véritablement de regard. Fronton ouest du temple d’Artémis à Corfou achevé vers 580, calcaire, 3,15 x 22,16 m, Musée archéologique de Corfou. Hésiode, La théogonie, 8e éd., trad. II y a d'abord les prestiges du mot. Aussi est-ce justice de dire que c'est le miroir qui se mire dans la Femme C'est le miroir qui inventa la féminité. Le mot grec est lui-même dérivé du verbe phainein : faire briller ou faire paraître. Gorgô ? platon-et-le-miroir-du-mythe 1/3 Downloaded from www.liceolefilandiere.it on January 20, 2021 by guest [Book] Platon Et Le Miroir Du Mythe As recognized, adventure as without difficulty as experience virtually lesson, amusement, as competently as accord can be gotten by just checking out a books platon et le miroir du mythe as well as it is not directly done, you could take